Témoignage – « Exploser ou imploser? »


Anticipation, j’ai accroché un poster de Berset au dessus du lit, il me regarde, c’est mon grand frère.

Pour des raisons sanitaire l’affection, l’intimité est défendue. Heureuse de vivre plus longtemps dans une société ou la durée compte plus que la qualité, pas vous ?

Contente de ne plus être consultée, ça fait longtemps que j’attendais un messie qui me rende mon enfance, un père puritain qui me guide. Je l’ai si souvent rêvé, vous aussi ?

Mes contemporains m’insupportent souvent, j’avoue et grâce à la pandémie, je me bats contre tous. Soit pour la liberté, soit pour le risque zéro. De façon décomplexée, je sors les crocs, je deviens folle furieuse, insensée. Je suis contente que des mesures de plus en plus intrusives tombent ou j’étouffe pour la moindre exigence supplémentaire. Exploser ou imploser, j’ai le choix.
J’écoute vaguement nos politiciens, la rengaine est tellement ennuyeuse. Les experts m’exaspèrent, la science ne devrait pas se figer, ne devrait pas nous enfermer, se répéter comme une propagande, encourager des mesures liberticides. Culpabiliser ou démolir les paires qui arrivent à d’autres conclusions.

Je me désole, j’observe les sourires qui disparaissent, les regards baissés, l’inquiétude partout. Nos vies privées deviennent la source des clusters, c’est étrange notre vie professionnelle foisonnante de contacts divers et variés ne se frotte jamais au virus ?

J’ai envie d’apprendre à mixer, je m’imagine organiser des fêtes, je rêve d’un bon pogo. Je vais proposer des câlins gratuits, j’embrasserai un inconnu qui ne m’a même pas offert de fleurs. J’ai envie d’un bain de minuit, d’une aventure sans lendemain, de noyer le tragique. Désinvolte, je me sens presque immortelle, juste là maintenant et vous ?

Une existence réglée par des statistiques, des projections farfelues ou mathématiquement cruelles n’a rien d’attrayant. Des chiffres à la place des pensées, est-ce que la poésie se meurt ? J’ai le blues, je me sens comme une mécanique sans âmes. Je suis lasse, mon immunité n’intéresse personne, l’ordre et l’hygiène, ce monstre froid n’entrevoit que le business que sa compagne big pharma va forcément faire.

Infantilisée, soldat receveur d’ordre, je ne me sens plus une citoyenne, je suis un pion sur un échiquier et je ne connais même pas les règles du jeu.
– Janine P., Chaux-de-Fonds