Primum non nocere

Primum non nocere

(En premier, ne pas nuire)

Les mesures prisent pour lutter contre les hospitalisations et les décès liés au Covid-19 ont montré leurs limites et de nombreux facteurs restent inconnus quant à la propagation d’un virus au sein d’une population ainsi que les variations ou mutations qu’il peut opérer.

Remettre la faute sur le comportement de la population me paraît être un aveu d’incompréhension des évènements et permet de se dédouaner face à ceux-ci.

Les mesures dites sanitaires sont pour certaines plus des mesures politiques. Les incohérences entre pays et régions tiennent plus à la peur de ne pas en faire assez qu’à une réelle volonté de prendre en considération tous les éléments afin de permettre à la population de vivre en bonne santé sur le long terme.

Les chiffres en perspectives :

Il y a en Suisse 2’602’000 personnes de 65 ans et plus et/ou souffrant d’au moins une maladie à risque sur une population totale de 8,5 mio d’habitants.

Les décès totaux depuis le début de l’épidémie sont au 23.10.2020 de 1’877 et les hospitalisations à la même date de 5’838.

Au 18.10.20, nous savons que l’âge médian des décès se situe vers 85 ans et que 97% des décès faisaient partie des personnes à risque.

Il y a donc 0,22% des personnes à risque qui ont été hospitalisées et 0,07% de ce même groupe nous ont quittés.

La froideur des chiffres à l’avantage de comparer raisonnablement l’aspect bénéfice/risque d’un remède, en l’occurrence des mesures dites sanitaires, et de prendre du recul sur la situation.

L’objectif des autorités est de ne pas surcharger les hôpitaux et de pouvoir subvenir à la détresse vitale des plus vulnérables. C’est évidemment tout à leur honneur et personne ne peut remettre en question moralement cette volonté, sauf lorsque l’on met en perspective les risques liés à cette volonté très humaniste. Dès lors, il n’est pas égoïste, ni irresponsable d’envisager d’autres mesures que celles appliquées jusqu’à présent.

Des études montrent le lien évident et significatif entre chômage, précarité financière et suicide.

La littérature scientifique fait clairement le lien entre la situation socio-économique et le suicide et les tentatives de suicide, et ne croyez pas que le taux de chômage bas dans un pays soit une valeur diminuant les suicides, c’est le contraire, et tout ceci indépendamment du diagnostic psychiatrique attribué aux individus.

Les problèmes de logements sont également un facteur augmentant le risque tout comme le mode de vie, l’insécurité et l’impossibilité de se projeter dans l’avenir.

En Suisse, 1043 suicides ont été recensés en 2017, sans les suicides assistés, (800’000 dans le monde) soit 13/100’000 habitants. Selon l’OMS le seuil épidémique est placé à 10/100’000 habitants. La majorité des personnes qui ont commis l’irréparable se trouvent dans la population active. Les enfants, les adolescents et les jeunes ne sont pas épargnés.

Que savons-nous de l’impact des mesures dites sanitaires sur le suicide ?

Les études montrent de nombreuses évidences de l’impact des mesures dites sanitaires, de l’ambiance anxiogène, du stress chronique sur le long terme sur la santé mentale des individus.

Une modélisation avait été également faîte avec des données de 63 pays pour évaluer le lien entre chômage et suicide entre 2000 et 2011. Le résultat, incluant la crise financière de 2008, montrait une augmentation de 20-30% de suicide lié à la perte de son emploi. Selon l’OMS, chaque suicide dans la population est associé à plus de 20 tentatives de suicide.

Il est très fortement recommandé par les experts psychiatriques de prévoir un renforcement des secteurs de la santé pour les prochaines années afin de faire face à la probable hausse de détresse mentale et l’affaiblissent de la santé en général.

Nous pourrions encore évoquer l’augmentation de la consommation d’alcool, de drogue, de violences conjugales, d’avortements, de dépressions suite à certaines mesures dites sanitaires. La liste est malheureusement longue et non exhaustive.

La peur, dans tous les cas n’est pas évitable, mais peut-être apprivoisée en menant une politique de santé publique cohérente, axée sur le long terme et faisant preuve de pédagogie avec des objectifs incluant des risques rationnels, compris et partagés par la population.

Les décisions de santé publique doivent prendre en considération toutes ces données et oser prendre des mesures assurant un épanouissement optimal de toute la population sur le long terme.

A nous de décider quelle Vie nous voulons protéger et pour quel avenir.

Longue et belle vie à toutes et tous.

Thomas Payot

Le 24.10.2020

Source :

  • Observatoire suisse de la santé
  • OFSP
  • Observatoire Romand des Tentatives de Suicides, analyse socio-économique. Rapport final. Groupe Romand Prévention Suicide sur mandat de l’Office Fédérale de la Santé Publique, juillet 2019
  • QJM: An International Journal of Medicine, Volume 113, Issue 10, October 2020, Pages 707–712, https://doi.org/10.1093/qjmed/hcaa202. Published : 30 June 2020
  • Lancet Psychiatry 2020 May;7(5):389-390. doi: 10.1016/S2215-0366(20)30141-3.