L’influence des statistiques sur la gestion de risques

Une observation générale pour débuter: beaucoup de gens sont trop sûrs d’eux, prompts à avoir une trop grande fois dans leurs intuitions. Ils considèrent l’effort cognitif comme étant au mieux légèrement désagréable et l’évitent autant que possible.

De l’influence des statistiques et des spécialistes

Le résultat, dans le cadre des communications relatives au COVID, est que l’utilisation de « statistiques » en variant l’effet de cadrage (la façon de présenter l’information) a eu pour effet l’ancrage (la création d’un point de référence) sur une image de référence traumatisante (celle avancée en février/mars d’une épidémie globale et hautement létale) et négligeant le taux de base (pas seulement ce qu’on voit).

Pour illustrer mes propos : en mars, l’OMS avançait un taux de mortalité de 3.4% lequel a justifié les décisions des gouvernements mondiaux, ces derniers étant ancrés sur cette statistique prévisionnelle alarmante. Or le 8 octobre, l’OMS a confirmé que le taux de mortalité s’établissait en réalité à 0.14%, soit 24 fois moins que le taux annoncé initialement, et même moins que le taux de mortalité de la grippe. Il est temps de marteler ceci afin que l’ancrage soit réajusté.

Ceci parce que je suis opposé à l’idée que l’avis des spécialistes ait force de loi et qu’il faille accepter leurs opinions sans les remettre en question quand elles sont en conflit avec les opinions et les souhaits d’autres citoyens.

Amos Tversky racontait qu’alors qu’il avait été invité à prononcer un discours devant un groupe de professionnels de santé publique – les décisionnaires en matière de vaccins et pour d’autres programmes, il était, par une simple modification des effets de cadrage (parler de vies sauvées dans un cas / de nombre de morts dans l’autre) parvenu à les faire changer d’avis. Ce qui est troublant en soit s’agissant de responsables chargés de prendre des décisions qui affectent la santé de toute la population, mais devient inquiétant, lorsque l’on sait qu’après que A. Tversy leur ait montré que leurs choix étaient incohérents, ils aient décidé de ne pas remettre en cause leur décision première.

De la gestion du risque en politique et du rôle des médias

Le risque n’existe pas dans l’état de nature. Ni le risque réel, ni le risque objectif. La définition du risque est par conséquent un exercice de pouvoir. Et je pars du principe que la réglementation du risque et l’intervention des autorités pour réduire les risques devrait être guidées par une analyse des coûts et des profits, et que l’unité de mesure naturelle pour cette analyse est le nombre de vies sauvées (ou peut-être le nombre d’années de vie sauvées, ce qui donne plus d’importance au fait de sauver les jeunes) et le coût en CHF pour l’économie.

L’infiltration des biais dans la politique a été démontrée et Sunstein a parlé de « cascade de disponibilité » qui se définit comme une chaîne auto-entretenue d’évènements, qui peut partir de réactions dans les médias, à un évènement en définitive relativement mineur et malgré tout aboutir à une panique publique et à des actions à grande échelle des gouvernements.

Je comprends que, rationnelle ou non, la peur est synonyme de souffrance. Elle est handicapante, et les décideurs doivent s’efforcer de protéger le public de la peur, et pas seulement des véritables dangers.

Or, lorsque l’on attire notre attention sur un évènement, la mémoire associative va en rechercher la cause. Des explications causales seront évoquées quand une régression vers la moyenne (ce qui est le cas après 6 mois de gestion de crise) sera détectée. Mais elles seront fausses parce que la vérité, c’est que la régression a une explication, mais elle n’a pas de cause.

Ce qui est sûr en revanche c’est que le négatif supplante le positif de bien des façons, et l’aversion à la perte (de sa crédibilité par un gouvernement, ou de leurs responsabilités par les médias, à titre d’exemples) en est l’une des nombreuses manifestations. Or comme cette aversion à la perte est une puissante force conservatrice qui ne permet que des changements limités à partir du statu quo dans la vie tant des institutions que des individus, et que ce nouveau statu quo de règles sanitaires s’est établi, il est extrêmement ardu de s’en éloigner.

On comprend donc qu’en raison de l’effet de possibilité, l’inquiétude n’est pas proportionnelle à la probabilité que le risque se réalise. Et, partant, que pour les gouvernements, il ne suffit pas de réduire ou de limiter le risque : pour éliminer l’inquiétude, la probabilité doit être ramenée à zéro.

Chez Tous.ch, nous estimons que les coûts (humains autant qu’économiques) engendrés par la gestion de cette crise sont irrécupérables. Et qu’il ne convient pas de réinvestir encore dans ce projet d’éradication du virus. Nous devons vivre avec. Nous voulons vivre.

Nous sommes conscients que notre liberté à tous s’arrête là où commence celle de l’autre. Mais il s’agit de prendre des décisions équilibrées et proportionnées à l’échelle de tous.

Pour ce faire, nous portons une pétition devant le Grand Conseil Genevois et poursuivons notre engagement au niveau de notre pays, parce que liberté et démocratie impliquent une responsabilité envers toute la communauté.

  • Nicolas Imhoof, membre du comité de tous.ch