Témoignages de deux éducatrices de petite enfance

Témoignage d’une première l’éducatrice –

Je suis assistante socio éducative et travaille en crèche à Genève.

Je travaille trois jours par semaine sur le terrain et les deux autres jours je suis étudiante en emploi dans une école supérieure à Genève.

Je suis aussi maman de trois enfants, qui fréquentent le collège, l’école de culture générale et le cycle d’orientation.

Je peux vous apporter mon témoignage en tant que professionnelle de la petite enfance, étudiante et mère d’ enfants qui doivent porter le masque à l’école.

Tout d’abord le masque nous a été imposé dans ma structure fin août, alors que nous avons repris des vacances mi août sans masques.

Donc du jour au lendemain les enfants avaient affaire à des gens masqués toute la journée.

Je m’ occupe des enfants âgés de 2 à 3 ans, et voici ce que j’ai pu remarquer de différent dans leur comportement:

-difficulté de compréhension, en effet nous avons plus de mal à capter leur attention , nous devons pour cela hausser le volume de notre voix, répéter plus que d’habitude.

– les enfants présentant des difficultés dans le développement du langage, de trouvent davantage en difficulté, ils ne peuvent plus comprendre des consignes simples, alors que sans le masque lorsque l’adulte le parle face à face ces consignes sont comprises.

– les enfants ne peuvent plus être stimulés correctement lorsque par exemple des activités de langage sont proposés, en effet lorsque je fais un loto pour stimuler le langage et enrichir leur représentations en associant une image à un mot j’articule afin qu’ils comprennent et prononcent bien le mot, avec un masque ce travail est impossible auprès de si jeunes enfants, j’ai beau faire plus de mimiques , mes yeux ne peuvent pas exprimer la même chose que ma bouche.

Le résultat est que les enfants ne répètent même pas les mots que je prononce, ils décrochent plus rapidement du jeu, il m’est difficile de garder leur attention.

-les enfants ne sont plus stimulés correctement concernant l’alimentation, en effet nous devons même garder nos masques à table et ne pouvons plus manger avec eux, alors que c’est inscrit dans notre projet pédagogique et que cette action a un impact positif sur le fait que les enfants goûtent ou pas certains aliments.

Par exemple dans mon groupe les enfants ne voulaient pas goûter à la salade, et au début lorsque je mangeais avec eux et qu’ils me voyaient manger la salade et commenter comment elle était bonne, les enfants goûtaient aussi la salade, alors que maintenant je leur dis de goûter mais ils ne peuvent plus m’imiter et goûter comme moi, alors ils ne goûtent même plus certains aliments.

Ce sont des faits que j’ai pu observer.

Concernant nos conditions de travail en tant que professionnelles, je peux vous donner mon ressenti, mais qui est partagée par plusieurs collègues.

Nous avons très chaud, les fenêtres ne peuvent être ouvertes que de quelques centimètres ( 10) étant donné les sécurités mise en place ( ce qui est normal concernant le public accueilli dans ces espaces) donc nous ne pouvons pas aérer et avoir de l’air frais , un ventilateur par groupe nous est attribué ( chaque groupe étant composé de 12 enfants et de 2 à 4 adultes selon les âges).

Nous ne pouvons pas non plus prendre des pauses pour « respirer » dans la journée, cela n’est possible que durant nos pauses repas.

Nous devons parler plus fort, répéter des consignes plus souvent, le volume sonore est fortement augmenté, ce qui rend notre travail d’autant plus fatiguant.

Nous sommes plusieurs à être sujets à des maux de tête, personnellement je finis mes journées avec des migraines depuis que je dois porter le masque alors qu’avant cela ne n’arrivais jamais.

Je suis également étudiante en école supérieure en deuxième année, et je suis dans une classe de 11 étudiants, tous en emploi.

Nos cours ont toujours lieu dans la même classe, où les bureaux sont disposés en U , le bureau du professeur devant et un bureau supplémentaire au fond de la classe.

Le premier jour de cours notre professeur qui sera notre coordinateur de classe durant toute l’année nous avertit que si nous voulons nous pouvons distancer nos bureaux afin de garder la distance de sécurité et enlever nos masques, nous avons aménagé la salle et enlevé nos masques sauf 2 étudiants qui ont gardé leur masques.

Les cours s’enchaînent avec divers enseignants.

Un autre enseignant arrive dans notre classe et nous somme de remettre nos masques, je lui dis que les distances sont respectées et que le Dip dans son courrier préconise la distanciation au port du masque, elle me répond que j’ai surement mal compris ce courrier.

Nous avons été contraints de remettre nos masques.

Depuis mes camarades de classe ont remis les bureaux comme avant et portent leurs masques.

Moi j’ai essayé à plusieurs reprises de me mettre au fond à 1m50 de tout le monde, et enlever mon masque, j’ai eu droit à : remettez votre masque ou sortez du cours.

J’ai essayé de discuter et parler encore du courrier du Dip et l’enseignant ne voulais rien entendre. J’ai donc remis mon masque sous le nez et cela n’a pas suffi, l’enseignant m’a ordonné de mettre mon masque sur le nez ou sortir.

Voilà où nous en sommes, je me sens prise en otage, car je n’ai pas d’autre choix si je veux finir ma formation.

Il fait très chaud dans ces classes, aucune ventilation, j’ai ressenti des maux de tête, la gorge sèche et j’ai de la peine à m’exprimer.

De plus j’éprouve des difficultés de concentration. J’ai du mal à suivre les cours et intégrer ce que l’enseignant transmets à travers son masque.

J’adorais ces études, j’avais de la facilité mes notes toutes entre 5 et 6 le prouvent, j’ai très bien réussi ma première année, et voilà que je me trouve en difficulté d’apprentissage depuis que je dois porter ce masque durant 7h à 8h par jour.

Mon fils qui fréquente le collège et me rapporte aussi qu’il n’a pas le droit d’enlever son masque, mais certains professeurs ne disent rien s’il le met sous le nez, d’autres le menacent de renvoi s’il ne remonte pas son masque sur le nez…

Certains professeurs tiennent des discours du type : vivement le vaccin pour revenir à la normale, ou si tu portes mal ton masque tu es un égoïste irresponsable…

Ma fille qui fréquente l’école de culture générale me dit que ses professeurs sont plus « rigoureux » ils ne laissent pas les élèves porter le masque sous le nez et les menacent régulièrement de renvoi.

Certains enseignants parlent des « anti-masques » en les traitant de personnes ignorantes, irresponsables.. mais aucun débat avec les enfants.

Ma fille est revenue ce jour là en nous critiquant ( son père et moi) elle disait que nous étions bêtes et que devrions arrêter de faire tout un plat et juste arrêter de râler pour un masque…

Jeudi passé ma fille avait une toux sèche, son enseignant lui a dit qu’elle devait rester à la maison si elle était « malade ».

Aujourd’hui à cause d’une toux ou d’un nez qui coule les enfants doivent rester à la maison, peu importe leur état général.

Mes enfants se plaignent de maux de tête, et des boutons sur le visage.

Mon fils cadet ne porte pas de masque au cycle d’orientation, mais il a aussi droit aux discours sur les « anti-masques ».

Semaine passée il a toussé quelques fois en classe et l’enseignant lui a dit que s’il continuait de tousser il allait soit rentrer à la maison soit devoir porter un masque en classe.

Voilà notre vécu… Je tiens à vous dire qu’au départ nous avons été comme tout le monde, nous avons tout bien joué le jeu du confinement, suivi les recommandations, il y a peu nous avons commencé à nous poser des questions. Et aujourd’hui notre vie a basculé, nous ne pouvons plus vivre comme avant. Nous éprouvons un grand sentiment d’injustice. Mon mari est indépendant et a touché les aides aux indépendants octroyé par l’état, cet argent à servi à faire vivre sa petite entreprise durant le confinement, mais cette aide est en réalité un emprunt , donc nous nous retrouvons endettés .

Nous sommes des citoyens suisses, nous payons nos impôts et contribuons au bien être de cette société et aujourd’hui nous sentons nos droits bafoués.

 

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Témoignage d’une autre éducatrice –

Bonjour, tout d’abord merci merci merci , nous commençons à nous sentir moins seul…

Je suis éducatrice petite enfance depuis 1986, je travaille en crèche, actuellement avec des enfants de 3 ans 1/2. Nous constatons que depuis que le masque est obligatoire dans les institution, les enfants sont plus agités, souvent indifférents à nos remarques, ils se montrent plus distants avec les adultes,Ils sont  moins en lien et nous parlent moins que habitudes. Beaucoup pleurent le matin en arrivant ….

Comment leur en vouloir?

Pour nous aussi les éducateurs, il n’est pas normal de cacher notre visage, de masquer nos sourires, nos mimiques, nos expressions. C’est insupportable de passer une journée à  raconter des histoires, chanter,  consoler, cajoler animer des ateliers, parler tout le temps, jouer, être enthousiaste , un masque sur le visage!!  Nous sommes souvent démotivés. fatigués…. alors on le baisse ce foutu masque, on respire, on sourit et on essaye d’être le plus normalement possible pour que les enfants aient une vie le plus normal possible aussi.

Pour un jeune enfant, le langage corporel est essentiel et fait complètement partie de la communication.

Comment  lire et reconnaître les expressions, les émotions  quand on ne voit pas le visage? Comment apprendre à parler, à communiquer quand on a pas d’exemple visible?

En fait c’est une forme de maltraitance 😡

– noms connus de tous.ch